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Suite à l’exemple de Kusmi Tea, qui a fait le choix de se rapprocher de son marché de vente pour produire efficacement à l’aide de la cobotique, voici un second exemple de relocalisation réussie, celui de Lucibel qui a repensé toute sa production pour s’émanciper d’une production chinoise peu performante.

Lucibel, relocalisation réussie de la Chine vers la France

Lucibel, entreprise française fondée en 2008, produit des luminaires et systèmes d'éclairage. La société est spécialisée dans l'éclairage professionnel à LED. Depuis plusieurs années, Frédéric Granotier, son fondateur et président, faisait face à de nombreuses problématiques dans son usine de production chinoise à Shenzhen : « Ils nous auront tout fait, ces Chinois... », déclare-t-il. Là-bas, Lucibel fait face à de la revente de copies de brevets aux concurrents, à du vol de matériel ou encore à du chantage des fournisseurs aux rétrocommissions. Le PDG estime alors perdre la moitié de son temps à gérer les déconvenues de l’usine chinoise.

En 2014, une opportunité permet à Lucibel de prendre le chemin de la relocalisation. L’usine Schneider Electric, située à Barentin en Normandie, est vouée à la fermeture et revend son site de production. Lucibel s’engage alors à réembaucher une partie des salariés pour pouvoir, en contrepartie, occuper le site. Ainsi, pendant trois ans, Lucibel occupe les locaux gratuitement et rapatrie progressivement la conception et l’assemblage de ses produits à forte valeur ajoutée, la gamme courante étant, dans un premier temps, maintenue chez le sous-traitant chinois. Frédéric Granotier précise : « Sans cette opportunité que Schneider nous a offert, je pense que nous aurions mis notre usine en Europe de l’Est ou au Maghreb. Proche de l’Europe pour pouvoir fournir nos clients en camion, mais pas en France. »

Petit à petit, ce sont toutes les étapes de production qui seront rapatriées, de la petite R&D aux produits finis. Pour ce faire, c’est tout le process qui est revu et corrigé. En optimisant la conception et la fabrication, Lucibel fait alors passer le temps moyen d’assemblage de son produit phare, le Tubular Lucibel, de 30 min en Chine, à 10 min lorsqu’il est fabriqué en Normandie ! Les sous-traitants européens qui fournissent les composants sont désormais choisis avec soin, et les coûts de transports quasiment disparus. C’est grâce à ces optimisations industrielles progressives que Lucibel produit désormais sa gamme Tubular à un prix de revient quasiment équivalent à celui du « made in China ». Le groupe a même étendu sa gamme avec de nouveaux produits et propose désormais des solutions sur mesure à ses clients, ce qui aurait été impossible en produisant à plusieurs milliers de kilomètres. Fin 2016, Lucibel lance sur le marché une innovation, le lifi, ou wifi par la lumière, sans crainte de se faire subtiliser son brevet !

Un retour effectué de manière progressive et qui s’inscrit dans la durée. En avril dernier, Lucibel a cédé une partie de son site de Barentin à un fond d’investissement, s’engageant à louer les locaux pendant au moins 10 ans. A ce sujet, Frédéric Granotier a déclaré : « Nous avons eu l'opportunité de racheter ce site à Schneider Electric en février 2018 pour 1,6 M€ mais il nous semble plus opportun aujourd'hui de consacrer nos ressources financières à des opérations structurantes pour Lucibel, notamment en matière de croissance externe ou de projets de développement. Notre engagement sur 10 ans auprès de M7 FAF France confirme notre volonté d'attribuer au site de Barentin un rôle central dans l'organisation et la stratégie du Groupe, qui passe notamment par le « Made In France », la poursuite des innovations et une grande réactivité et efficacité dans la qualité de service à nos clients ».

Les clés de la relocalisation ne sont pas universelles, mais bien propres à chaque entreprise. On voit que pour Lucibel, cela est passé par :

  • l'opportunité d'une reprise de site industriel en France
  • un gain de productivité via l'optimisation des processus de fabrication
  • la maîtrise de la propriété industrielle de la marque

Ouverture et conclusion

Les exemples tels que ceux de Kusmi Tea ou Lucibel sont de plus en plus nombreux et confirment l’intérêt d’une relocalisation bien pensée.

A ce sujet, on notera qu’il est même possible de relocaliser non pas simplement une entreprise, mais bien toute une industrie. C’est que propose Thomas Huriez, le fondateur de 1083 (nommée ainsi en référence au nombre de kilomètres séparant les deux villes les plus éloignées de France). Cette marque propose, au même prix que des produits de grandes marques qui délocalisent, des jeans, baskets et autres vêtements et accessoires produits intégralement en France. La marque possède ainsi la certification « Origine France Garantie », obtenue à condition que 50% de la valeur du produit soit française : elle représente 97% pour 1083. L’industrie du jean avait totalement disparue de France, Thomas Huriez raconte dans son livre sortie en fin d’année dernière, Re-Made en France, comment il a été possible pour lui de la reconstruire sur son territoire d’origine, la ville de Romans-sur-Isère. Le fondateur de cette marque novatrice veut aller encore plus loin en 2020 en produisant, encore une fois en France, son propre coton bio (dernier élément non origine France de ses produits), à partir de vieux jeans recyclés.

Le Made In France est possible !